Les lamproies de Cadillac, mémoire de la Garonne
Au PK 64, la Garonne des lamproies

Au PK 64, devant Cadillac-sur-Garonne, l’eau brune change de visage avec chaque marée. Dans ce couloir vivant, la lamproie marine remonte depuis l’estuaire, guidée par le courant et les odeurs du fleuve. Les anciens repéraient les fosses, les biefs et les bordures calmes comme on lit une carte gardée dans la mémoire.
Les bourgnes dans le rythme du fleuve
La pêche traditionnelle s’appuie sur des nasses, appelées ici bourgnes, posées dans les passages où la marée pousse l’eau contre les rives. Leur emplacement demande de l’œil : une variation de niveau, un banc de vase déplacé ou une crue suffit à modifier le courant. Le filet dérivant appartient aussi à cette histoire, plus mobile, plus exposé aux humeurs de la Garonne.
Quand le mascaret remonte jusqu’aux environs de Cadillac, le fleuve prend une allure spectaculaire. Depuis le pont vers Cérons, la vague se regarde comme un événement du pays, mais les pêcheurs y voient surtout un signal : la marée travaille loin en amont. Barsac, Loupiac, Béguey et le Ciron forment les repères d’un paysage où chaque confluence possède son récit.
De la lamproie à la table bordelaise
La lamproie fluviatile fréquente également le bassin Garonne-Dordogne, avec des remontées observées à d’autres moments de l’année. Certaines gagnent Barsac puis Langon, dépassant la limite de marée dynamique pour rejoindre des secteurs favorables à la reproduction. Cette progression reliait les stations de pêche aux villages, aux quais et aux cuisines des maisons girondines.
À table, la lamproie à la bordelaise prolonge cette mémoire. Découpée en tronçons, elle mijote dans une sauce au vin rouge avec des poireaux, jusqu’à devenir sombre, dense et brillante. La nuit venue, les bottes restent près de la porte, les bourgnes sèchent sur le quai et la Garonne reflète les lumières de Cadillac sous le grondement lointain du mascaret.
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