Les carrelets de l’estuaire de la Gironde
Les carrelets de l’estuaire de la Gironde

Près de 250 carrelets ponctuent l’estuaire de la Gironde, de la pointe du Médoc au bec d’Ambès, entre les berges de la Garonne et de la Dordogne. Vus depuis Saint-Bonnet-sur-Gironde ou Floirac, ces petites cabanes sur pilotis ressemblent à des balcons posés au-dessus de l’eau brune. Leur ponton avance dans le courant, jusqu’au grand filet carré suspendu à un treuil.
Le théâtre discret de la marée
Ici, le carrelet désigne à la fois la cabane et l’engin de pêche. Le filet carré descend lentement, retenu par une poulie et un contrepoids, puis remonte au rythme de la marée montante. Le geste est simple, presque silencieux, mais chaque relève apporte son lot d’attente et de surprise. Dans certains secteurs, la plateforme mesure environ quatre mètres sur quatre, avec une cabane en bois de quelques mètres carrés.
Le mulet reste la prise emblématique de l’estuaire, présent de la ligne d’eau près d’Arcins jusqu’aux abords de Royan. Le maigre attire aussi les habitués, surtout lorsque les eaux mêlées de la Gironde prennent cette teinte métallique annonçant le changement de courant. Pibale, anguille, lamproie et alose appartiennent également à la mémoire des pêches locales, racontées à voix basse autour d’un verre.
Après la relève, la cuisine prolonge naturellement la veillée. Un mulet vidé, frotté de sel et grillé au feu de bois garde une chair ferme, légèrement fumée. Le maigre accepte un passage au four avec citron, thym et échalote, tandis qu’une soupe légère rassemble les petits poissons dans une marmite. La nuit tombe sur l’estuaire; dans la cabane éclairée, le treuil reste immobile et les pilotis grincent sous le va-et-vient de l’eau.
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