Les carrelets de l’estuaire de la Loire
Les carrelets, sentinelles de la Loire

À Saint-Brevin, la pêcherie La Ligérienne avance sur 124 mètres au-dessus de l’estuaire. Sa petite cabane de 20 m² semble suspendue entre le ciel gris et la vasière, tandis que le courant de la Loire pousse lentement vers l’Atlantique. Entre Paimboeuf et Mindin, ces installations racontent une manière française de pêcher, patiente et conviviale.
Le geste est simple, mais il demande un bon sens de la marée. À la montante, un appât prend place au centre du filet carré, puis le carrelet descend sous la surface. Le pêcheur attend que l’eau se calme avant de tirer sur le treuil. Le mulet doré et le mulet porc sont les prises emblématiques du secteur. Leur présence dans l’estuaire accompagne les saisons et les longues veillées dans les cabanes.
Le mulet au bout de la ligne
Autour du mulet, l’estuaire abrite aussi l’aiguillette, l’anguille, le bar, le chinchard, le congre, la crevette, le lieu jaune, le merlan, la plie et la sole. Une marée complète dure environ six heures, avec trois heures avant la pleine mer et trois heures après. À Corsept, la pêcherie municipale accueille jusqu’à dix personnes, dans une atmosphère de repas partagé et de récits transmis entre générations.
La cuisine prolonge naturellement la sortie. Le mulet, débarrassé de sa peau épaisse et soigneusement vidé, se prête à une cuisson au four avec oignon, citron, persil et un filet d’huile. Les plus petites prises finissent à la poêle, simplement salées, avec une salade croquante. Dans les familles de l’estuaire, le poisson se sert encore chaud, lorsque les bottes portent la trace sombre de la vasière.
Vers Ville-ès-Martin à Saint-Nazaire, La Plaine-sur-Mer ou Port Lavigne à Bouguenais, les cabanes prennent une autre allure lorsque la Loire se retire. Les pilotis s’allongent dans la lumière du soir, le treuil grince, et le filet carré remonte lentement avec l’éclat argenté d’un mulet.